BARDEAUX D’ASPHALTE ET MEMBRANES ÉLASTOMÈTRES

Notre mandat

Promouvoir la réutilisation des bardeaux recyclés

 

Selon une étude récente de RECYC-QUÉBEC[1], il se génère annuellement près de 364 000 tonnes de débris de revêtements de toitures, composées de 253 000 tonnes de bardeaux d’asphalte, 18 000 tonnes de retailles de bardeaux neufs, 91 000 tonnes de résidus de toitures plates et 1 000 tonnes de retailles des toitures plates. De ces quantités, selon le bilan de RECYC-QUÉBEC, un peu moins de 2 000 tonnes ont été recyclées et 29 000 tonnes ont été utilisées en valorisation énergétique et ces quantités ont transité par des centres de tri de débris de CRD. La majeure partie des débris valorisés est constitué de bardeaux d’asphalte alors que faute de marchés, les résidus de toitures plates sont principalement destinés à l’élimination. 

Le principal débouché actuel pour le bardeau d’asphalte qui est à base de papier demeure la valorisation énergétique, mais dans un horizon d’environ 5 à 8 ans, ce débouché devra être substitué par l’utilisation du bardeau qui est constitué de fibre de verre dans les enrobés bitumineux lequel. Par ailleurs, le tri à la source sur chantier lors de la réfection d’une toiture ou d’une construction neuve demeure également le meilleur moyen d’obtenir un matériel de qualité.

 

Les problématiques

L’historique du développement des débouchés pour le bardeau d’asphalte au Québec est riche d’enseignement sur la dynamique entre organisations ayant une influence sur les enjeux de valorisation des résidus de CRD et l’impact d’un cadre réglementaire complexe. Cet historique renseigne également sur les éléments à considérer et à éviter pour le développement de tout débouché de résidu de CRD au Québec. Ainsi, en 2012, le MTQ avec la collaboration du 3R MCDQ et une entreprise privée, a entrepris la réalisation de planches d’essais où des bardeaux d’asphalte ont été incorporés dans des enrobés bitumineux afin d’en établir l’usage dans ses devis. Cependant, l’initiative s’est butée à de multiples exigences et contrôles environnementaux montrant une forme d’incohérence avec l’objectif de prévenir l’enfouissement de ces débris.  L’intervention du 3R MCDQ auprès de quelques directions administratives du MELCC a été nécessaire en cours de route. En 2019, des tests d’échantillonnage des émissions atmosphériques d’une usine d’enrobés bitumineux faisant usage de bardeau ont été concluants pour l’emploi de ces bardeaux dans ces usines. Cependant, une fois ces conclusions tirées et l’aval des autorités obtenus pour intégrer une part de bardeau d’asphalte dans les enrobés bitumineux, le MELCC a dû retarder à nouveau cette utilisation. La raison : le Règlement sur les usines de béton bitumineux (RUBB) ne permet pas cette activité et il faudra attendre une modification réglementaire pour l’autoriser.  

Depuis 2010, on assiste à une modification majeure dans la fabrication du bardeau d’asphalte. L’usage de papier comme support a cessé et le papier a été remplacé par une toile de fibre de verre et la teneur de bitume a été substantiellement réduite. Ainsi, la valeur calorifique du bardeau fibre de verre est grandement réduite. Donc, la filière existante pour la valorisation énergétique des bardeaux d’asphalte à base de papier demeure fonctionnelle pour quelques années encore, ce qui laisse un sursis pour établir et structurer la filière du bardeau fibre de verre à recycler dans les enrobés bitumineux ou pour d’autres applications à définir.

 

Les impacts

Le peu de récupération, de recyclage et de valorisation du bardeau d’asphalte est un exemple patent de gaspillage de ressource qui est facilement accessible. L’absence de marché et les contraintes réglementaires en sont les principales responsables. Au niveau économique, il s’agit d’une perte de matière qui peut remplacer une partie du bitume utilisé dans les enrobés bitumineux, ce qui se fait depuis plus d’une décennie aux États-Unis. 

Par ailleurs, les résidus de toitures plates sont plus difficiles à trier et à valoriser, car généralement, ils sont imbriqués avec d’autres constituants de la toiture tels que les isolants. Cependant, leur teneur en bitume est élevée et ils pourraient être déchiquetés et utilisés en valorisation énergétique.  

Sur le plan environnemental, le bardeau d’asphalte, une matière conçue pour être étanche, ne favorise pas la circulation des eaux de lixiviation et du biogaz lorsqu’elle est utilisée comme matériel de recouvrement dans les LET ou comme matériel pour confectionner des routes dans ces lieux.  Bien que cet usage ait été autorisé, en absence de marché et de règle pour en faire usage dans les usines d’enrobés bitumineux, cet usage doit cesser dès que ce marché se développera.



[1] Chamard stratégies environnementales, 2020, Étude sur la mise en marché et la gestion en fin de vie des revêtements de toitures.

Les solutions

L’étude de RECYC-QUÉBEC met en lumière plusieurs considérations pour la mise en place réussie d’une filière de recyclage des bardeaux d’asphalte dans les mélanges d’enrobés bitumineux :

  • Le tri à la source sur chantier de ces résidus;
  • Un tri méticuleux des bardeaux postconsommation;
  • Des mesures de contrôle pour détecter la présence d’amiante dans les bardeaux;
  • Le déchiquetage du bardeau à la granulométrie requise pour son utilisation dans les enrobés bitumineux,
  • Adapter l’exploitation de l’usine d’enrobés bitumineux et des mélanges d’enrobés bitumineux résultants de l’utilisation de cette autre matière première.

Les principaux facteurs à prendre en compte pour les exploitants d’usines d’enrobés bitumineux en vue de rentabiliser leurs installations par l’ajout de bardeaux sont : 

  • L’ouverture de marchés pour favoriser l’utilisation des enrobés intégrant les bardeaux dans les devis de production d’enrobés bitumineux (MTQ, villes, municipalités, expert-conseil en génie civil, etc.) ; 
  • La disponibilité d’approvisionnement des bardeaux et leurs coûts.

Et à la lumière des points précédents, les usines d’enrobé bitumineux doivent obtenir les autorisations nécessaires pour utiliser ces matières qui demeureront des matières résiduelles, au sens de la loi, même au moment de leurs introductions dans leurs installations. 

Cependant, le facteur le plus important pour que la filière du recyclage des bardeaux d’asphalte dans les enrobés bitumineux connaisse les résultats espérés, est que les donneurs d’ouvrage réclament des enrobés bitumineux qui intègrent du bardeau d’asphalte pour la réalisation de leurs travaux. Ceci sera l’élément déclencheur pour que cette filière se structure et que les usines d’enrobés bitumineux initient les demandes de certificat d’autorisation et se dotent des équipements requis, ce qui motivera la présence d’installations de conditionnement du bardeau et en découlera la production de bardeaux rencontrant les critères de qualité recherchés.

Le 3R MCDQ a également mis sur pied une table de travail sur les mesures nécessaires pour récupérer, recycler et valoriser le bardeau d’asphalte et le revêtement de toiture plate. Au cours de ces travaux, les participants de cette chaîne de valeur ont proposé les mesures suivantes :

  • Faire connaitre les critères de qualité attendus des différents recycleurs et utilisateurs de matériaux de revêtements de toitures;
  • Réaliser des projets pilotes visant à sécuriser les donneurs d’ordre envers la performance et la durabilité des enrobés bitumineux incorporant le bardeau d’asphalte;
  • Développer des devis types adaptés aux diverses applications des enrobés bitumineux, 
  • Établir l’écart de la valeur marchande de l’incorporation du bardeau d’asphalte dans les enrobés bitumineux versus les matériaux traditionnels et, si requis, compenser cet écart afin d’inciter les usines d’enrobés bitumineux et les donneurs d’ordre à privilégier l’utilisation d’enrobés bitumineux. Les fonds nécessaires pour combler cet écart pourraient provenir d’une mesure telle que la responsabilité élargie des producteurs (REP) sur le bardeau d’asphalte;
  • Informer, sensibiliser, éduquer les entreprises spécialisées dans la pose de revêtements de toitures à trier à la source sur chantier ces matériaux. Ce qui ne devrait pas être très contraignant puisque sur ces chantiers, ces résidus constituent la très grande majorité des matériaux rebutés;
  • Assurer la disponibilité d’équipements adaptés pour faciliter le tri à la source sur les chantiers de réfection de revêtements de toitures;
  • Au départ, cibler les résidus de bardeaux d’asphalte pour lesquels des filières de recyclage ou de valorisation sont connues. Par la suite, identifier et développer des filières pour gérer les membranes de revêtements de toiture plates pour lesquelles des filières sont à être développées;
  • Établir un tarif dissuasif à l’enfouissement des matériaux de recouvrement de toitures afin d’en décourager l’utilisation comme matériel de recouvrement ou pour la confection de route;
  • Implanter une mesure de responsabilisation élargie des producteurs (REP) sur les matériaux de recouvrement de toitures;
  • Établir des incitatifs économiques pour les usines d’enrobés bitumineux recyclant les bardeaux d’asphalte.