Le recyclage et la valorisation du bois

Le bois est généralement le principal produit qui est réceptionné dans les centres de tri de résidus de CRD. En Amérique du Nord, il fait partie de nos méthodes de construction traditionnelles et son utilisation ne cesse d’augmenter. Excellent puits de carbone, les applications en construction et en rénovation se multiplient.

Depuis 2014, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs collige la consommation du bois recyclé ou valorisé entrant dans les différents procédés industriels du secteur forestier au Québec. Depuis cette date, la demande pour ce bois reste quand même soutenue, malgré le fait qu’elle diminue année après année. Il y a une bonne part d’importation. 

Données tirées du Registre forestier, DDII, Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

En comparaison, selon les données de RECYC-QUÉBEC en 2018, 84 000 tonnes ont été recyclées et 211 000 tonnes ont été valorisées, principalement en valorisation énergétique. Selon cette source, il s’agit d’une baisse constante depuis 2008. En 2018, environ 415 000 tonnes de bois ont été éliminées.

 

C’est au Québec qu’il se recycle le plus de bois émanant des centres de tri de CRD en Amérique du Nord. La fabrication de différents types de panneaux (isolants ou de particules), la production d’électricité dans des procédés de cogénération des papetières ainsi que la substitution du charbon dans différentes cimenteries composent l’essentiel de la consommation de bois recyclé au Québec.

Présentement, la demande québécoise de bois recyclé n’est pas comblée par les marchés locaux. Les utilisateurs rapportent devoir importer des États-Unis ou de l’Ontario les quantités requises à une production constante.

 

Les problématiques

Le bois peut être généralement trié en 3 types de qualité dépendamment de l’utilisateur final :

Le bois de qualité Q2 et Q3 ont tous deux le même débouché : la valorisation énergétique avec des équipements d’une capacité calorifique nominale de 3 MW ou plus et générant des émissions conformes au Règlement sur l’assainissement de l’air (RAA). Quant au bois de qualité Q1, il est recyclé dans des panneaux de fibres ou de particules.

Il est relativement difficile de bien trier le bois selon les catégories Q1, Q2 et Q3. Dans certains centres de tri de résidus de CRD, on préfère limiter le tri et produire plus de bois de catégorie inférieure et l’expédier pour la valorisation énergétique. En revanche, dans d’autres centres de tri, on va privilégier un tri plus efficace pour produire la catégorie Q1. Depuis quelques années, on constate une baisse constante des quantités produites en Q1 et Q2. Le tarif d’enfouissement très bas de certains LET dans certaines régions court-circuite les efforts demandés par les exploitants de centres de tri pour obtenir un produit de qualité.

D’autre part, certains centres de tri de résidus de CRD situés en région sont en manque de marché ce qui affecte la rentabilité du tri du bois. 

Premier constat important, malgré qu’il y ait des marchés stables au Québec, faute de ressources financières pour produire un matériel de qualité, les centres de tri de résidus de CRD au Québec peinent à fournir à la demande du marché. Ce faible taux de production est directement relié aux faibles tarifs d’élimination dans certains LET du Québec. 

La présence de contaminants, tels que la peinture, la teinture, les vernis, les colles et les huiles complexifient le tri et le conditionnement du bois. Les bois traités contiennent des métaux, des composés organiques et doivent être valorisés dans des installations spécifiques, tels que la centrale de cogénération d’Industrie JPB à Salaberry-de-Valleyfield.

D’autre part, l’utilisation grandissante du bois comme matériel de recouvrement journalier dans des lieux d’enfouissement technique détourne le bois recyclé d’une mise en valeur souhaitée. 

 

Les impacts

Au niveau des impacts environnementaux, le manque de ressources financières permettant de trier efficacement le bois récupéré du flux des résidus de CRD crée une perte de ressource facilement recyclable ou valorisable. Ainsi, le bois mal trié se retrouve dans les LET où il occupe du volume et génère des gaz à effet de serre en se décomposant au lieu de créer des emplois et prolonger le cycle du carbone. L’absence d’un tri plus efficace aux centres de tri de résidus de CRD fait que des quantités importantes de bois de catégorie Q1 sont utilisées en valorisation énergétique ou carrément enfouies.

Quant aux impacts économiques, l’absence de tri efficace pour maximiser le recyclage du bois de catégorie Q1 fait perdre des opportunités intéressantes pour les exploitants des centres de tri de résidus de CRD. 

 

Les solutions

Au début des années 2010, le plan d’action de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles indiquait un bannissement du bois de l’élimination à compter de l’année 2014. Or, plusieurs entrepreneurs de la chaîne de valeur se sont équipés pour faire face à cet apport de résidus de bois en augmentant leur capacité à trier et à conditionner ce nouvel affut. Les entreprises de recyclage et de valorisation ont également consenti des investissements dans leurs installations afin de répondre à cette offre attendue. Cependant, ce bannissement n’a jamais été mis en vigueur ce qui a eu pour effet de réduire la rentabilité des centres de tri de résidus de CRD par une sous-utilisation des équipements sans compter les utilisateurs de cette matière qui ont comblé la demande par l’importation de quantités substantielles de bois en provenance des États-Unis ou de l’Ontario.

Le recyclage et la valorisation énergétique du bois de CRD seraient le gain le plus rapide que la filière des matériaux émanant des centres de tri de CRD (40 %) pourrait faire. Le Québec pourrait agir en le bannissant de l’enfouissement ou, à tout le moins, obliger que tous les matériaux de CRD transitent par un centre de tri agréé. Ceci permettrait que le bois soit trié et acheminé vers les marchés québécois. Le Québec a déjà des marchés bien implantés pour le bois de CRD. Les recycleurs doivent importer leur matière première des É.-U. ou de l’Ontario faute de la trouver au Québec à un prix abordable. Une politique solide permettant une certaine prévisibilité du marché permettrait de nouveaux investissements dans la filière du recyclage ou des énergies vertes émergentes (biocarburant, biocharbon, etc.).

À la suite de la réalisation d’un projet parrainé par RECYC-QUÉBEC, le 3R MCDQ a produit un guide de bonnes pratiques pour le tri du bois. Cependant, encore trop peu d’exploitants de centres de tri de résidus de CRD appliquent ces bonnes pratiques. Des solutions existent pour augmenter la récupération, le recyclage et la valorisation du bois. Parmi celles-ci, on retrouve :